TRAN VAN BA
1945 - 1985

Né au Sud Vietnam, à Sadec le 14 mai 1945, Tran Van Ba est issu d’une famille profondément engagée dans le combat pour l’indépendance et la modernisation du Vietnam.Elle en a payé un très lourd tribut.

Son grand-oncle maternel, Bui Quang Chieu, premier ingénieur agronome vietnamien formé à Paris, fondateur du Parti Constitutionaliste du Vietnam en 1919, a été assassiné, avec ses 4 fils et sa fille cadette en 1945 par les communistes.

Son père Tran Van Van, diplômé de HEC à Paris, a consacré sa vie à la modernisation politique, économique, et sociale du pays. Combattant de l’indépendance dans les maquis dans les années 40, ministre d’Etat chargé de l’économie dans le premier gouvernement indépendant du Viet Nam présidé par le roi Bao Dai en 1949, opposant au régime autocratique de Ngo Dinh Diem, puis à la junte militaire qui lui a succédé dans les années 60, député à l’assemblée constituante, il a été assassiné le 7 décembre 1966 à Saigon, alors qu’il se portait candidat aux élections présidentielles de 1967.

Les communistes revendiqueront plus tard ce meurtre comme un exploit du régime de Hanoi. Le dernier article publié le 29 avril 2006 dans le Lao Dong, organe du parti, donne force détails sur cet assassinat. Il le justifie par le fait que l’élection probable de Tran Van Van comme Président du Sud Vietnam aurait porté un très grave coup à l’entreprise de conquête du Sud par le Nord communiste.

 


Trois éléments concourent à la formation de la personnalité de Tran Van Ba :

  • ses séjours fréquents  au milieu des paysans sud-vietnamiens dans le Delta du Mékong,
  • ses études au lycée français de Dalat, sur les Hauts-Plateaux du Vietnam,
  • l’engagement politique de son père.

De là viennent sans doute son amour pour le peuple, son attachement à la terre vietnamienne, son sens de l’amitié, son ouverture aux idées de progrès et de liberté et son intérêt passionné pour l’histoire moderne du Vietnam.

 Un engagement d’homme libre et responsable.
Une identité sud-vietnamienne assumée.
Une solidarité sans faille avec ceux qui se battent.

 

Arrivé en France en janvier 1967, au lendemain de l’assassinat de son père, Tran Van Ba milite immédiatement et avec constance pour la défense d’un Sud Vietnam libre et démocratique, tout en poursuivant ses études d’économie à Nanterre où il obtiendra un poste d’assistant.

Au milieu des manifestations anti-américaines et anti-sud-vietnamiennes des années 1967 à 1975, il assume sereinement mais avec détermination ses conditions de Vietnamien du Sud luttant contre l’entreprise de communisation de son pays.

 

 

     
Tran van Ba se forme seul au combat politique, s’investit pour mieux les combattre, dans l’étude théorique et l’analyse des pratiques de subversion du communisme international et en particulier des mouvements communistes vietnamiens. Il approfondit ses réflexions sur les meilleures modalités de la démocratisation du Vietnam. Convaincu que la démocratie passe  d’abord par la défense des minorités, il se prononce pour une forme de fédération au Vietnam donnant une large autonomie à trois entités : Le Nord, le Sud et une partie au centre  regroupant diverses minorités ethniques.
Il noue des liens étroits avec les résistants cambodgiens et laotiens partageant son combat



Président de l’Association Générale des Etudiants Vietnamiens de Paris de 1972 à 1980, Tran Van Ba se lève seul, sans aucun soutien dès le lendemain de la chute de Saigon, le 30 avril 1975, au milieu de l’abandon et du désespoir général pour appeler à la résistance démocratique contre le régime de Hanoi en déclarant :

 

 

 

 

« Nous sommes toujours vivants,
rien n’est perdu tout est possible,
la liberté peut être rétablie,
le droit peut l’emporter sur la force à condition d’en payer le prix. »

 

Il observe avec déchirement la mécanique meurtrière qui broie la société Sud-Vietnamienne après sa communisation en avril 1975 : exécutions sommaires, déportation de masse dans les camps dits de « rééducation » et dans les « nouvelles zones économiques », répressions intellectuelles et religieuses, expansionnisme militaire au Cambodge et au Laos, exode massif et sanglant des boat people.
Tran Van Ba demande l’asile politique à la France et garde jusqu’au bout son statut de réfugié politique.


Il affirme dans une réunion à la Mutualité en février 1980 que la solution au problème des réfugiés et de la paix au Sud-Est Asiatique réside dans le renforcement de la résistance intérieure au Vietnam pour faire pièce à la folie du régime.

Tran Van Ba quitte la France le 6 juin 1980 pour poursuivre le combat pour la liberté de son peuple au cœur même du Vietnam communiste.

 Il est capturé le 9 septembre 1984 dans l’extrême sud du pays, par les forces de sécurité dirigées par le commandant Nguyen Tan Dung, devenu aujourd’hui Premier Ministre du Vietnam. Le tribunal populaire de Ho Chi Minh ville le condamne à mort pour "haute trahison et atteinte à la sécurité de l’Etat".

 

 

 

 

 

 

En dépit des interventions et des appels pressants de très nombreuses personnalités françaises pour demander sa grâce, notamment de Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, Raymond Barre, Pierre Messmer, Simone Veil, Louis Mermaz, Laurent Fabius…et aussi de Jean-François Revel, Olivier Todd, Jean d’Ormesson, Jean-Denis Bredin, Jorge Semprun, André Glucksmann, Tran Van Ba a été exécuté le 8 janvier 1985 dans une banlieue de Saigon. Il allait avoir 40 ans.

Depuis son exécution, Tran Van Ba est célébré, clandestinement au Vietnam, mais publiquement et avec constance dans la communauté vietnamienne de l’étranger, tout particulièrement dans celle de Paris, comme le symbole de la résistance contre le régime de tyrannie et d’oppression qui s’est installé sur l’ensemble du pays, après la chute de Saigon le 30 avril 1975.

Il est aussi honoré dans certains pays comme une figure exemplaire de la lutte pour la liberté humaine. C’est ainsi que la ville de Liège, en Belgique, a décidé de faire apposer sur la voie publique deux plaques honorant sa mémoire, en 1988 et en 2000 respectivement. Aux Etats-Unis, une rue porte son nom dans l’Etat de Virginie et la médaille de la liberté Truman-Reagan, pour l’année 2007, lui a été décernée, à titre posthume, à Washington le 15 novembre dernier. Cette distinction a été attribuée, pour les années précédentes, à d’éminentes personnalités parmi lesquelles le Pape Jean-Paul II, les présidents Vaclav Havel, Lech Walesa, et Elena Bonner.

 

 

Déclaration de Tran Van Ba à  Paris en  Février 1980 : 

"Le pays est placé sous la coupe d’un régime sanguinaire qui confisque tous les droits des citoyens et les pousse à fuir par milliers en acceptant d’affronter les pires dangers.
C’est le courage de ceux qui ont péri dans l’exode ou qui croupissent dans la misère des camps de réfugiés du Sud-Est Asiatique qui a interpellé l’opinion internationale.
Le phénomène des réfugiés résulte de la violation des droits de l’homme au Vietnam. Le citoyen fuit son pays parce que tous ses droits sont confisqués et sa sécurité menacée. La racine du problème se trouve au VietNam. Sa solution est que le citoyen puisse vivre au pays sans que sa dignité soit piétinée et que ceux qui sont partis puissent rentrer sans que leur vie soit menacée. Tout changement allant dans cette direction ne peut survenir que grâce aux résistants qui depuis 3 ans luttent dans les maquis dans des conditions très difficiles pour préserver l’avenir de notre peuple, et le protéger contre le risque de destruction….
La solution du problème des réfugiés et de la paix dans le Sud-Est Asiatique dépend du renforcement de la résistance pour contrer les folies de ceux qui détiennent le pouvoir à Hanoi. Voilà pourquoi nous avons toujours réservé notre soutien à la résistance intérieure."